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Comment le Canada a renvoyé une famille vers la détention et le risque de persécution

Une famille hondurienne conteste le renvoi des personnes réfugiées par le Canada aux États-Unis, sans tenir compte des risques à leurs droits fondamentaux. La famille s’associe au Conseil canadien pour les réfugiés et à Amnesty International dans le cadre d’une action en justice visant la mise en œuvre de l’Entente sur les tiers pays sûrs. Voici leur histoire (leurs noms ont été modifiés pour protéger leur identité).

 

Carlos et Antonia vivaient au Honduras avec leur jeune fils, Alejandro. Après que Carlos eut été agressé et menacé à plusieurs reprises par des membres de gangs qui voulaient lui extorquer de l’argent, la famille a pris la fuite en 2021 et a entrepris un périple difficile à travers le Guatemala et le Mexique.

« Nous vivions dans la peur constante, chaque fois que nous devions traverser la frontière et voyager avec un jeune enfant. Nous étions terrifiés. En tant que mère, j’étais très anxieuse, je me demandais : vont-ils m’enlever mon enfant, quelqu’un va-t-il essayer de me le voler ? » - Antonia

En 2022, ils sont entrés aux États-Unis après avoir reçu un rendez-vous pour déposer une demande d’asile et se sont finalement installés dans le Maryland en attendant leur audience. Au début, la date de leur audience n’a cessé d’être reportée, mais en mars 2025, ils ont reçu un avis indiquant que leur dossier avait été classé et qu’ils seraient expulsés. Ils n’ont jamais eu l’occasion d’expliquer pourquoi ils avaient fui le Honduras et cherchaient un refuge. 

Un avocat leur a dit que s’ils faisaient appel puis se présentaient à un rendez-vous, ils seraient placés en détention et expulsés. 

« Nous n’avions aucun moyen de nous défendre. Nous allions être expulsés de toute façon. Nous avons fui le Honduras parce que nos vies étaient en danger, et c’est là qu’ils allaient nous renvoyer. »   -Carlos

Carlos a deux frères et une sœur au Canada, c’est pourquoi ils ont décidé de venir ici. Ils sont arrivés à la frontière en avril 2025, par coïncidence au moment de la Journée des droits des réfugiés. 

« Nous avions peur, ne sachant pas ce qui nous attendait en approchant de la frontière. Mais quand nous avons vu le drapeau canadien là-bas, sur le pont, nous avons ressenti un certain soulagement. » -Carlos

Mais au lieu de trouver le soulagement, ils ont été confrontés à un nouveau système de cruauté. Comme Carlos a de la famille au Canada, les agents des services frontaliers lui ont dit qu’Alejandro et lui pourraient être admis au pays, mais qu’Antonia devrait retourner aux États-Unis. Carlos a expliqué que leurs demandes d’asile aux États-Unis avaient été annulées et qu’Antonia serait placée en détention puis expulsée vers le Honduras si elle était contrainte de se rendre aux États-Unis. Les agents ne l’ont pas écouté et lui ont dit qu’il devait informer Antonia qu’elle ne serait pas autorisée à entrer. 

« J’ai dit : “Que suis-je censé dire à mon fils pour lui expliquer pourquoi ils ne vont pas laisser sa mère entrer avec nous ?” Et l’agent des services frontaliers m’a simplement répondu : “C’est votre problème, vous avez 20 minutes pour prendre une décision.” » – Carlos

« Je me souviens juste que je pleurais beaucoup et que je disais qu’il était hors de question que je sois séparée de mon fils. J’étais complètement sous le choc. Et puis mon fils s’est mis à pleurer lui aussi. » - Antonia

La séparation n’était pas envisageable pour Carlos et Antonia. Le Canada a donc expulsé toute la famille vers les États-Unis. Ils ont été placés en détention par les autorités américaines dans une petite pièce sans fenêtres, où on leur donnait de minuscules rations et où ils n’avaient pas la possibilité de se doucher. Au bout de cinq jours, ils ont été envoyés au Dilley Immigration Processing Center, un centre de détention pour familles, où Antonia et Alejandro ont été séparés de Carlos.

« Passer 15 jours enfermés dans ce centre de détention, c’était voir la dignité humaine s’évanouir derrière les barreaux. Le plus dur, ce n’était pas le froid ni la nourriture; c’était de regarder dans les yeux de notre fils de 6 ans et de ne pas avoir de réponses. Un enfant ne devrait pas apprendre ce qu’est une serrure avant d’apprendre ce qu’est la liberté. Chaque nuit dans ce centre, nous lui demandions silencieusement pardon de ne pas pouvoir lui offrir le refuge que nous lui avions promis. » – Antonia

Au bout de deux semaines, les agents leur ont annoncé qu’ils allaient être expulsés vers le Honduras. 
Depuis, la famille vit dans la clandestinité.

« Imaginez ne pas digérer l’expulsion, les mauvais traitements que nous avons subis, la peur de retourner dans un pays que nous avons fui pour protéger nos vies, surtout celle de notre fils Alejandro, rentrer chez nous sans aucun réseau de soutien, pas même une famille, [...], sans argent, avec un petit garçon courageux de 6 ans incapable de comprendre tant de choses sur les raisons de notre tristesse, lui qui regrettait son environnement, sa vie, la seule chose dont il se souvenait. » 

La famille conteste l’Entente sur les pays tiers sûrs, qui a permis au Canada de les renvoyer aux États-Unis.

« Nous aimerions pouvoir montrer nos visages, crier au monde entier et faire savoir à tout le monde ce qui nous est arrivé. Mais ce n’est tout simplement pas sûr pour nous. Nous faisons toutefois tout notre possible pour lutter contre cela. Le plus dur a été d’essayer d’expliquer tout cela à notre fils. Du jour au lendemain, tout a été bouleversé pour lui : son monde, sa communauté, son espace. Ce n’est pas facile pour un enfant de compartimenter. Ce n’est pas facile pour un adulte non plus. » - Carlos

Pour en savoir plus sur l'Entente sur les pays sûrs et ses impacts sur les droits des réfugiés