Les travailleurs étrangers temporaires dans un contexte plus large

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Introduction

Dernièrement, les problèmes de taille associés au Programme des travailleurs étrangers temporaires ont attiré notre attention. Il serait utile, à présent, de traiter ces questions dans un contexte plus large.

Du statut permanent au statut temporaire

Au cours de la dernière décennie, le programme d’immigration du Canada a considérablement évolué, passant de l’immigration permanente à l’immigration temporaire. En 2008, pour la première fois, le nombre des  travailleurs étrangers temporaires a dépassé celui des résidents permanents admis. Depuis, le nombre des travailleurs étrangers temporaires n’a cessé d’augmenter.

Ce virage constitue un changement radical pour le Canada : précédemment, nous étions un pays qui accueillait des nouveaux arrivants de façon permanente, et la plupart d’entre eux devenaient citoyens. Traditionnellement, les  immigrants ont été accueillis afin de contribuer à la construction de la nation et à la croissance de nos collectivités, pas uniquement comme main-d’oeuvre. Une exception notable à cette pratique est l’expulsion des travailleurs chinois après la construction du réseau ferroviaire au dix-neuvième siècle, devenue honte nationale. Les pays qui ont développé des programmes de « travailleurs invités », notamment en Europe, ont appris par expérience les inconvénients engendrés du fait de compter sur une main-d’oeuvre non autorisée à s’intégrer dans la communauté, créant ainsi une société à deux vitesses.

L’expansion à grande échelle du Programme des travailleurs étrangers temporaires s’est effectuée sans débat public. Les Canadiens n’ont pas eu la possibilité de s’exprimer sur cette évolution vers une migration temporaire accrue, bien qu’elle représente un changement majeur dans la politique d’immigration canadienne.

Peu qualifiés versus hautement qualifiés

Le Programme des travailleurs étrangers temporaires comporte deux volets. D’un côté, c’est un moyen pratique pour les travailleurs hautement qualifiés de venir au Canada : ils jouissent de certains privilèges (tels que le droit de venir accompagnés de leurs familles) et  ont des possibilités de demander la résidence permanente s’ils désirent rester. De l’autre côté, le programme fait venir des travailleurs « peu qualifiés », dont les droits sont très restreints et qui n’ont généralement aucun accès au statut de résident permanent. Les travailleurs sont temporaires (ils doivent repartir après 4 ans), mais le besoin en main-d’œuvre qu’ils comblent n’est souvent pas temporaire.

Cette pénurie de main-d’œuvre à long terme à laquelle les travailleurs étrangers temporaires répondent pourrait s’expliquer en partie par le fait qu’il est devenu plus difficile pour les immigrants aptes à accepter de tels postes d’immigrer au Canada en tant que résidents permanents. Les immigrants économiques sont de plus en plus sélectionnés en fonction des qualifications supérieures, tant universitaires que professionnelles. Quand le Canada éprouve le besoin des travailleurs jugés « hautement qualifiés », on les fait venir en leur offrant une perspective claire de devenir résident permanent. Par contre, quand le besoin de main-d’œuvre se fait sentir dans la restauration, les serres ou les fermes, les travailleurs sont recrutés à titre temporaire, sans aucune possibilité d’accéder à la résidence permanente. Ceci est discriminatoire.

Un autre élément expliquant ce besoin pour les travailleurs étrangers temporaires est la réticence de certains employeurs canadiens à payer les salaires et à offrir des conditions de travail qui attireraient les chercheurs d’emploi canadiens.

La situation actuelle est mauvaise tant pour les travailleurs migrants que pour les Canadiens

Il est extrêmement regrettable de voir trop souvent que les travailleurs étrangers temporaires sont dressés contre les travailleurs canadiens. La situation actuelle ne devra pas être imputée aux travailleurs migrants, ni aux travailleurs canadiens ni à des secteurs spécifiques. À sa racine, il s’agit d’un problème d’ordre structurel.

À cause de leur statut temporaire, les travailleurs migrants sont extrêmement vulnérables aux mauvais traitements et à l’exploitation. Même si de nombreux employeurs les traitent équitablement, il est facile pour d’autres de les sous-payer, de leur imposer des loyers excessifs pour de logements insalubres et des exposer à des conditions de travail dangereuses. Il existe de nombreux cas documentés de mauvais traitement de ces travailleurs à travers le pays. Il est difficile pour les personnes dont leur statut n’est que temporaire de se plaindre des mauvais traitements, par crainte d’être déportés. Sous sa forme extrême, l’exploitation des travailleurs étrangers temporaires les place dans des situations de la traite des êtres humains.

Le fait d’exploiter des travailleurs et ensuite les rejeter est mauvais pour la société dans son ensemble. Il n’est jamais bon pour nos collectivités d’être à deux vitesses, où certaines personnes ne jouissent que des droits restreints et ne peuvent s’intégrer et avancer correctement.

Notre propre histoire nous enseigne les avantages de l’immigration permanente

Tout au long de l’histoire du Canada, les immigrants ont commencé leurs vies ici, au bas de l’échelle et ont travaillé fort pour se faire une place dans notre société, en faisant des affaires, en contribuant à la culture, en fondant des institutions, en devenant des leaders politiques et en élevant des enfants. Combien parmi nous ne seraient pas ici aujourd’hui si, par le passé, les immigrants jugés « peu qualifiés » étaient forcés à quitter le Canada après quelques années? Nous devons retenir la leçon enseignée par notre histoire afin de savoir ce qu’il faut pour bâtir un pays fort.

Même s’il y a eu certains changements en matière de besoins en main-d’œuvre au Canada,  il n’en demeure pas moins que nous avons besoin de personnes pour occuper toutes sortes d’emploi, et que ces personnes ont bien plus à offrir que leur main-d’oeuvre. Nous ne pouvons tirer profit de ces contributions que si ces personnes ont la chance de rester chez nous de façon permanente, accompagnées de leur famille.

Mai 2014


Pour plus d’informations sur le traitement des travailleurs migrants par le Canada: ccrweb.ca/fr/travailleurs-migrants