- Ne serait-ce pas mieux de financer les camps de réfugiés
outremer que d’investir dans le système de revendication du statut
de réfugié au Canada ?
En tant que pays signataire de la Convention relative au statut des réfugiés
et de la Convention contre la torture, le Canada a le devoir légal
de ne pas expulser des gens vers des pays où ils risquent d’être
victimes de persécution ou de torture et doit donc déterminer
si une personne est exposé à un danger avant de la déporter.
En plus de notre obligation légale à l’égard de personnes
se trouvant sur le territoire canadien, nous avons une obligation morale
envers les réfugiés dans le besoin qui sont à l’étranger.
Les réfugiés qui viennent au Canada nous aident à remplir
cette obligation en travaillant et en payant des taxes ici. De plus, ils
envoient souvent de l’argent aux membres de leurs familles pour les aider
à survivre dans des camps à l’étranger.
- Les réfugiés dans les camps ne seraient-ils pas plus
méritants que les personnes effectuant des demandes d’asile ici ?
Tous les êtres humains méritent autant les uns que les autres
que l’on respecte leurs droits fondamentaux. Le Canada a des obligations
légales spécifiques envers les réfugiés qui sont
au Canada, mais nous pouvons et devrions agir en faveur des réfugiés
à l’étranger. Les réfugiés dans les camps et
les réfugiés au Canada ne sont pas deux classes de personnes
: en fait, un réfugié au Canada peut avoir séjourné
dans un camp il y a juste quelques semaines. Les personnes qui se soucient
des réfugiés à l’étranger devraient encourager
le gouvernement à accélérer le traitement des demandes
des réfugiés qui ont fait l’objet d’un parrainage collectif
au Canada : ces réfugiés attendent régulièrement
plusieurs années avant que le gouvernement canadien n’étudie
leur cas.
- Les demandeurs du statut de réfugié ne seraient-ils pas
pour la plupart des abuseurs ?
De nombreux demandeurs sont des réfugiés qui ont besoin de
protection; beaucoup d’autres sont des personnes qui ont laissé derrière
elles des situations de violence, d’injustice ou de privation, mais elles
ne sont pas reconnues réfugiées parce que la définition
est très limitée. Par exemple, une personne peut fuir une guerre
brutale et ne pas être reconnue réfugiée. Quelles que
soient leurs raisons, les personnes qui font des demandes sont des personnes
à qui peu de choix s’offrent, dans la mesure où personne disposant
de pouvoirs et de privilèges souhaiterait être un demandeur
d’asile. Les traiter d’« abuseurs » revient donc à faire
d’une personne faible une victime.
- La Charte canadienne ne donnerait-elle pas trop de droits aux demandeurs
d’asile et ne rendrait-elle donc pas impossible le fonctionnement du système
de revendication du statut du réfugié ?
La Charte canadienne garantit uniquement les droits et les libertés
que le Parlement a jugés fondamentaux pour tous les êtres humains.
Ils reflètent très étroitement les droits humains reconnus
par les conventions internationales. Loin de nous empêcher d’avoir
un système de revendication du statut du réfugié fonctionnel,
la Charte aide à montrer ce dont un système de ce genre a besoin
afin d’accomplir sa mission, à savoir s’assurer que les réfugiés
soient protégés. Les vrais défis auxquels fait face
ce système sont 1) que la détermination du statut de réfugié
est difficile en soi et, pour cela, demande qu’on lui accorde un temps et
une attention adéquats, et 2) que le système sera ralenti si
les ressources ne sont pas augmentées pour faire face à une
accroissement des demandes.
- N’a-t-on pas besoin de réformer le système de revendication
du statut de réfugié pour le rendre plus rapide ?
Les éléments de base du système de revendication du
statut de réfugié sont solides et n’ont pas besoin de réformes.
La cause principale de la lenteur des procédures au cours des dernières
années est l’augmentation du nombre de demandeurs, alors que le gouvernement
a retardé l’augmentation du nombre de décideurs. Cependant,
avec la chute récente du nombre de demandes et l’augmentation de la
vitesse de traitement à la Commission de l’immigration et du statut
de réfugié (CISR), il semble que la Commission n’aura bientôt
plus de demandeurs à entendre. Entre temps, la véritable crise
est outremer, où les membres de la famille de réfugiés
sont victimes de retard de traitement de demandes qui s’étendent sur
plus de deux ans.
- Le Canada n’accepterait-il pas un pourcentage trop élevé
de demandeurs d’asile ?
Il n’existe pas de taux d’acceptation « juste ». Le Canada a
accepté un pourcentage de demandeurs d’asile en constante décroissance
depuis que la CISR a entrepris la détermination du statut de réfugié
en 1989, même s’il reste plus élevé que celui d’autres
pays (en 2004, le taux d’acceptation au Canada était de 40%). De manière
générale, le taux du Canada reflète une approche plus
cohérente et plus juste que ceux observés dans de nombreux
autres pays, où l’interprétation de la définition du
réfugié est tellement restreinte que de nombreuses personnes
qui ont besoin de protection sont refusées. Par exemple, certains
pays ne reconnaissent pas les femmes fuyant la persécution fondée
sur le sexe ou les réfugiés fuyant la persécution par
des groupes rebelles. D’autres ont une date limite après laquelle
une personne ne peut plus demander le statut de réfugié. Il
est important de noter que parmi ces pays, particulièrement en Europe,
qui acceptent seulement un nombre infime des demandeurs en tant que réfugiés,
nombre d’entre eux fournissent d’autres formes de protection, telles que
le statut humanitaire et la mesure de renvoi à exécution différée.
- N’aurait-on pas besoin de restreindre les droits des réfugiés
afin de veiller à notre propre sécurité ?
La protection entière des droits des réfugiés est totalement
compatible avec la protection de notre propre sécurité. Les
réfugiés qui arrivent au Canada font l’objet de contrôle
de sécurité. L’expérience montre qu’une majorité
écrasante des demandeurs d’asile ne soulève aucune inquiétude
en matière de sécurité. En 2004, un seul demandeur a
été jugé inadmissible pour des raisons de sécurité,
sur plus de 25 000 demandeurs. Les réfugiés viennent à
la recherche de sécurité : leurs droits ne devraient pas plus
être sacrifiés pour des raisons de sécurité que
ceux de quiconque.
- Est-ce que le système de revendication du statut de réfugié
au Canada rend les États-Unis vulnérables face au terrorisme
?
La promotion des droits et du respect pour tous est l’une des meilleures
façons de s’assurer de la sécurité de tous. Respecter
les droits des réfugiés ne menace pas les États-Unis.
Tous les réfugiés et tous les demandeurs d’asile sont sujets
à des contrôles de sécurité.
- N’est-il pas vrai qu’une fois qu’une personne effectue une demande
d’asile au Canada, elle n’est presque jamais déportée ?
Chaque année, le gouvernement canadien déporte des milliers
de demandeurs d’asile. De plus, de nombreux demandeurs quittent le Canada
de leur propre gré.
- N’existe-t-il pas trop de recours en appel pour les demandeurs d’asile
?
Les demandeurs d’asile ne disposent d’aucun recours sur le fond suite à
une décision négative relative à leur demande d’asile,
même si une mauvaise décision les expose à la déportation
vers la persécution, la torture ou même la mort. Les personnes
dont les demandes ont été refusées peuvent demander
un contrôle judiciaire à la Cour fédérale, mais
elles doivent au préalable en demander l’autorisation de cette Cour,
qui ne peut porter son attention que seulement sur des erreurs techniques.
Ainsi, une mauvaise décision, cependant correcte sur le plan légal,
ne sera pas renversée par la Cour fédérale. La Loi sur
l’immigration et la protection des réfugiés, telle qu’approuvée
par le Parlement, donne accès à un appel aux demandeurs d’asile
mais le gouvernement ne l’a pas mis en vigueur.
- N’est-il pas nécessaire de détenir les demandeurs d’asile
qui n’ont pas de papiers d’identité jusqu’à ce que l’on détermine
leur identité ?
Les personnes dangereuses cherchant à masquer leur identité
sont les moins susceptibles de faire une demande d’asile, à cause
des enquêtes intensives auxquelles les demandeurs d’asile sont assujettis.
Ils sont beaucoup plus susceptibles d’avoir de bons faux documents. Les personnes
qui sont détenues parce qu’elles n’ont pas de papiers d’identité
tendent à être les plus pauvres et les plus vulnérables,
y compris les réfugiés qui ne peuvent se munir ou voyager avec
des documents parce qu’ils sont persécutés justement à
cause de leur identité.
- La plupart des demandeurs d’asile venant au Canada ne seraient-ils
pas à la recherche d’un meilleur niveau de vie économique ?
Les personnes obligées à s’enfuir en tant que réfugiés
sont à la recherche d’un lieu sûr pour elles et leurs familles.
Dans un monde qui est devenu de plus en plus hostile envers les réfugiés,
ces endroits sont rares. Pour de nombreux réfugiés, venir au
Canada représente souvent une baisse de leur niveau de vie : des gens
avec des carrières professionnelles dans leurs pays d’origine se retrouvent
souvent avec des emplois subalternes au Canada. Si certains demandeurs viennent
afin de fuir une pauvreté grinçante, le problème ne
se situe pas à leur niveau ou à celui du système de
revendication du statut de réfugié au Canada. Il se situe plutôt
au niveau des inégalités économiques leur donnant si
peu d’opportunités chez eux et des politiques d’immigration canadiennes
qui offrent si peu de possibilités pour les moins privilégiés
qui tentent de gagner leur vie pour eux et leurs familles.
Mars 2005