Oubliez les demandeurs d'asile, ce sont les citoyens qui coûtent trop cher!

Date: 
1 oct 2010

 

“On estime que chaque demande d’asile déboutée coûte 50 000 $ aux contribuables canadiens, principalement en frais liés aux services sociaux et aux soins de santé offerts par le provincial...”

Ainsi déclare Citoyenneté et Immigration Canada dans son communiqué du 30 mars, Proposition de réforme équilibrée du système d’octroi de l’asile du Canada.
 
On peut se demander comment ils sont arrivés à un tel chiffre.
 
Fait intéressant, 50 000$ c'est le chiffre avancé par certains représentants du gouvernement au début des années 1990 comme coût par demandeur d'asile. À l'époque, le CCR avait contesté ce chiffre.  En 1994 Citoyenneté et Immigration Canada a reconnu qu'il existait «suffisamment de difficultés» avec certaines des hypothèses à la base du chiffre de 50 000 dollars et ils se sont engagés à ne plus l'utiliser.

Mais ce 50 000 $ nous revient en 2010. Ce chiffre a-t-il une valeur spéciale?

Une demande d'accès à l'information nous permet d’en savoir tout sur ce chiffre.

Tout? Non! De nombreux chiffres et hypothèses ont été supprimés : le gouvernement demande une exemption en vertu du « fonctionnement du gouvernement ».
 

Mais on apprend quand même bien des choses :

  • Ils n'ont jamais atteint le 50 000 $. Selon leurs calculs, il coûte en moyenne 47 935 $ par demandeur refusé, si celui-ci reste 50 mois au Canada. Ils semblent avoir jugé bon d'arrondir le chiffre à 50 000 $. 
  • Le chiffre de 47 935 $ est basé sur un certain nombre d'hypothèses contestables au sujet d'un demandeur refusé moyen. Il repose notamment sur la présomption que 75% des demandeurs déboutés reçoivent de l'aide sociale (pour une moyenne par demandeur de 22 650 $, près de la moitié du total). Ou bien on pourrait dire qu'il présume qu'un demandeur dépend en moyenne de l'aide sociale pendant 75% de son séjour au Canada.
CIC n'a pas de données réelles sur le pourcentage de demandeurs qui sont bénéficiaires de l'aide sociale - ils extrapolent donc à partir d'autres données qui ne sont pas nécessairement pertinentes (données sur tous les réfugiés, y compris les réfugiés réinstallés immédiatement après leur arrivée). Ils ne tiennent pas compte de leurs propres observations selon lesquelles (a) plus une personne reste au Canada, moins elle dépend de l'aide sociale, et (b) les demandeurs déboutés sont plus susceptibles d'être venus pour des raisons économiques et donc de travailler.
  • Les autres éléments majeurs sont les suivants: 7 269 $ pour l'éducation, pour les 17% des demandeurs qui sont d'âge scolaire, et 2 300 $ pour les soins de santé (une moyenne mensuelle de 46 $ pour le Programme fédéral de santé intérimaire (PFSI) pendant 50 mois - tous les chiffres présument que le demandeur passe 50 mois au Canada). 
  • Les coûts directement associés au processus de détermination du statut de réfugié ne sont que de 6 473 $ - c'est vraiment peu pour un système sensé être parmi les plus crédibles au monde! 

Le chiffre de 47 935$ pour les coûts moyens n'est pas crédible, puisqu'il se base sur l'hypothèse extrêmement douteuse voulant que 75% des demandeurs reçoivent de l'aide sociale.

Mais la plus grande faille dans le calcul c'est qu'ils ne considèrent que les coûts, et aucun des bénéfices - l'une des erreurs les plus élémentaires en économie. Même selon leur estimation très peu convaincante du taux d'aide sociale, 25% de ces demandeurs d'asile «moyens» travaillent - et paient donc des impôts. Et tous les demandeurs paient également les taxes à la consommation.
 
Pour illustrer le problème, faisons le même exercice avec un Canadien «moyen» :
  • Les coûts des soins de santé pour une période de 50 mois : il revient au montant alarmant de 22 717$. (Cela démontre combien les demandeurs ont accès à peu de soins de santé!)
  • Ajoutons le même chiffre pour l'éducation et des montants moyens pour certains des avantages dont les demandeurs ne bénéficient pas (frais d'université et Prestation universelle pour la garde d'enfants), et nous voilà à 35 000$. Et ce n'est que le début - ce chiffre n'inclut pas d'autres avantages dont je n’ai pas les montants sous la main, tels les prestations fiscales pour enfants et le programme de Sécurité de la vieillesse.
Ces coûts de 35 000$ pour un Canadien moyen ne sont que pour 50 mois. Mais le Canadien moyen ne pouvant être expulsé, nous sommes pris avec ces frais pour toute sa vie! Avec une espérance de vie de 80 ans, le Canadien moyen nous coûte plus d'un DEMI-MILLION DE DOLLARS!
 
Visiblement, il n'est pas très logique de ne considérer que les coûts d'un Canadien. Il n'est pas plus logique d'en faire autant pour les demandeurs d'asile.
 
En considérant que les gens contribuent au système, on constate que les demandeurs paient les mêmes impôts, mais ne bénéficient pas de la même gamme de services gouvernementaux que les Canadiens. Certaines des taxes payées par les demandeurs subventionnent, par exemple, des services de soins de santé auxquels ils n’ont pas accès.

En ce sens, ce sont les demandeurs qui contribuent aux frais des Canadiens, plutôt que l'inverse.

 

Détails des chiffres (PDF en anglais)